EX. DE FABLE

 

Les fables de La Fontaine comportent des récits, des histoires autour de personnifications d'animaux dans le but d'en tirer une leçonLes hommes sont souvent représentés par des animaux personnifiés, ce qui "dissimule" plus ou moins la critique ou la description que l'auteur souhaite exprimer dans ses vers. Ainsi le lion représente généralement un monarque, orgueilleux et absolu, souvent présent dans les scènes de la vie de la cour. Nous avons l'exemple avec une des fables de La Fontaine, « Les obsèques de la Lionne », la 14° du livre VIII. Ici, un événement officiel (obsèques) permet de montrer quels sont les rapports entre le monarque et ses sujets,  et de dénoncer leur comportement. 
   
 La femme du Lion mourut :
Aussitôt chacun accourut
Pour s'acquitter envers le Prince
De certains compliments de consolation,
Qui sont surcroît d'affliction.
Il fit avertir sa Province
Que les obsèques se feraient
Un tel jour, en tel lieu ; ses Prévôts y seraient
Pour régler la cérémonie,
Et pour placer la compagnie.
Jugez si chacun s'y trouva.
Le Prince aux cris s'abandonna,
Et tout son antre en résonna.
Les Lions n'ont point d'autre temple.
On entendit à son exemple
Rugir en leurs patois Messieurs les Courtisans.
Je définis la cour un pays où les gens
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu'il plaît au Prince, ou s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le parêtre,
Peuple caméléon, peuple singe du maître,
On dirait qu'un esprit anime mille corps ;
C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.
Pour revenir à notre affaire
Le Cerf ne pleura point, comment eût-il pu faire ?
Cette mort le vengeait ; la Reine avait jadis
Etranglé sa femme et son fils.
Bref il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire,
Et soutint qu'il l'avait vu rire.
La colère du Roi, comme dit Salomon,
Est terrible, et surtout celle du roi Lion :
Mais ce Cerf n'avait pas accoutumé de lire.
Le Monarque lui dit : Chétif hôte des bois
Tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix.
Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes
Nos sacrés ongles ; venez Loups,
Vengez la Reine, immolez tous
Ce traître à ses augustes mânes.
Le Cerf reprit alors : Sire, le temps de pleurs
Est passé ; la douleur est ici superflue.
Votre digne moitié couchée entre des fleurs,
Tout près d'ici m'est apparue ;
Et je l'ai d'abord reconnue.
Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi,
Quand je vais chez les Dieux, ne t'oblige à des larmes.
Aux Champs Elysiens j'ai goûté mille charmes,
Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.
Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi.
J'y prends plaisir. A peine on eut ouï la chose,
Qu'on se mit à crier : Miracle, apothéose !
Le Cerf eut un présent, bien loin d'être puni.
Amusez les Rois par des songes,
Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges,
Quelque indignation dont leur coeur soit rempli,
Ils goberont l'appât, vous serez leur ami.
  Ici, la critique est bien présente mais implicite car La Fontaine utilise des animaux, acteurs de la fable, elle n'est pas directe. Le lion, roi des animaux, représente ici les monarques dont il veut dénoncer l'orgueuil et le comportement absolutiste:-Nous avons premièrement un champ lexical le désignant ou exprimant sa supériorité: "Prince" (3), "ses Prévôts" (8), "maître" (21), "Monarque" (33), "sa province" (6).-Vient ensuite  les marques de sa puissance indiquées par l'expression "un tel jour, un tel lieu" et toutes les marques de possesion (adjectifs possessifs) "sa province", "ses prévots" etc..., il y à aussi les impératifs qu'il utilise: "venez", "vengez", "immolez"... Son comportement est très hautain; il condamne le cerf car celui-ci ne partage pas sa douleur: "tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix". Il se désigne à la troisième personne: "Nous n'appliqueront point [...] nos sacrés ongles" -Sa colère est terrible: on note l'esprit de vengeance. -Pour finir, nous avons le champ lexical de la divinité, le Roi se considère lui-même comme un dieu: "tes membres profanes" (35) opposé à "nos sacrés ongles" (36), "immolez" (37), "mânes" (38), "apothéose" (l'admission dans le royaume des saints), etc.  Le roi est puissant, mais crédule; il croit immédiatement aux paroles du cerf car celles-ci sont flatteuses, la Lionne étant comparée à une sainte. La Fontaine le ridiculise notemment avec sa morale. Le cerf nous apparait plus intelligent que le monarque:-Il est très habile et invente un mensonge pour justifier le fait qu'il ne pleure pas. La vraie raison étant que l'animal est enfin vengé de la mort de sa femme et son fils, il se justifie tout autrement.  Il se place en spectateur en contant son récit au passé composé, et rapporte les paroles de la reine, qu'il définit comme une divinité et désigne par termes valorisants: "digne moitié", "chez les Dieux", "saints comme moi". Il installe un climat agréable "entre des fleurs", "Champs Elysiens", "mille charmes"... Et le roi, flatté et naïf, gobe très facilement le discours du cerf et le récompense: "Le cerf eut un présent, bien loin d'être puni". Avec cela,  La Fontaine se moque des monarques et de leur comportement ce que l'on peut aisément remarquer dans la morale de cette fable, qui vient résumer la critique: "Amusez les Rois par des songes,
Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges,
Quelque indignation dont leur coeur soit rempli,
Ils goberont l'appât, vous serez leur ami" Le cerf a amusé et flatté le roi avec sa fable

 Dans cette fable, La Fontaine critique non seulement les monarques, mais aussi de leurs courtisans, à travers l'évocation d'animaux-Il donne sa définition de la cour "Je définis la cour, un pays ou les gens tristes, gais, prêts à tout, [...] sont ce qu'il plaît au prince [...] ou tâchent au moins de le paraître..." il dénonce le comportement hypocrite des courtisans, prêts à tout pour plaire aux monarques, ils se comportent comme le roi souhaiterait qu'ils le fassent, ils ne sont pas naturels et "cachent" leur vraie personnalité derrière un masque."... "Peuple caméléon, peuple singe du maître, on dirait qu'un esprit anime mille corps, c'est bien là que les gens sont de simple ressort." La fontaine décrit ici le comportement mimétique de la cour, qui agissent comme le roi et l'imitent autant qu'ils le peuvent, ce qui prouve qu'ils sont "simple de ressort", qu'ils ne sont pas très ambitieux.On voit bien l'opposition présente entre "un esprit" et "mille corps", qui illustre bien le fait qu'ils sont totalement sous le contrôle de roi, comme des marionnettes. la désignation "singe" est assez péjorative.  

Sources: http://bacfrancais.chez.com/obseques.html / http://www.etudes-litteraires.com/la-fontaine-obseques-de-la-lionne.php  

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