2-LA CENSURE ROYALE

La censure royale est un acte par lequel, sous l'ancien régime,

le roi sanctionne un manuscrit ou autorise sa publication (sous forme imprimée).

En 1629, Richelieu charge le chancelier et le garde des sceaux

d'examiner des ouvrages afin d'en autoriser ou non la publication

sous forme imprimée, avec un privilège royal. 

Cette censure ne doit pas être confondue avec celle des livres imprimés à

l'etranger, faite par le lieutenant de police.

Triple portrait du cardinal richelieu

 

Après la Fronde*, Colbert créé une direction de la Librairie, qui doit veiller à l'attribut des permissions et privileges devenues obligatoires pour toutes les impressions en France. Puis, en 1742, un corps de senceurs royaux est créé. Il est composé de 79 personnes qui ont pour tâche d'examiner les ouvrages, chacun ayant son domaine:

  • la théologie
  • la jurisprudence
  • la médecine
  • l'anatomie
  • les mathématiques
  • les beaux arts
  • les belles lettres
  • et la géographie

Le roi nommait les directeurs de librairies qui devenaient donc censeurs royaux, chacun dans sa spécialité,

agréés et inscrits sur une liste, publiée chaque année par l'Almanach royal . Sous Louis XIV, ils étaient

au nombre de 40 recrutés, qui étaient, pour la plupart, des professeurs de la Sorbonne. Voici quelques

censeurs royaux: Charles de Beaumont, chevalier d'Eon; Nicolas Coquelin...

Quiconque voulait publier choisissait son censeur, qui lui faisait des observations, suggérait des corrections, puis

donnait le droit d'imprimer.

 

Censure théâtrale:

Dès 1701, les pièces de théâtres, en plus des livres, firent à leur tour l'objet de cette censure royale:

Ils étaient lus avant publication par les censeurs placés sous l'autorité du lieutenant général de police.

Puis les pièces étaient soit interdites, soit autorisées (telles quelles ou avec des coupures ou des corrections).

Voltaire en fit les frais pour son Mahomet (1743), Sedaine pour son Déserteur (1769), le Barbier de Séville et le

Mariage de Figaro de Beaumarchais ne furent sauvés que grâce à Marie-Antoinette.


L'objet de la censure:

L'examen d'une oeuvre portait tant sur leur fond (contenu) que sur leur forme (oeuvre littéraire, théâtrale, poétique...)

leur intérêt et leur originalité ou encore leur intéret au public.

 

Les conséquences de la censure: le détournement

Passé l'examen de la censure, les auteurs obtiennent un privilège, mais nombres d'oeuvres sont censurées.

Les auteurs refusant l'expurgation (élimination dans un texte de ce qui estjugé non convenable ou conforme

à la morale) tentent de contourner cette censure par des moyens variés:

  • L'impression à l'étranger, puis publication en France après satisfaction
  • Transposer l'action de leurs romans ou pièces dans un pays lointain (le conte oriental était à la mode)
  • Utilisation de l'utopie (apologie d'une société par l'auteur, dans le but de critiquer celle dans laquelle il vit)
  • Utilisation de l'ironie
  • Le couvert de la fable
  • Le recours à de grands mécènes

Ainsi les Lettres Persannes de Montesquieu ont été publiées anonymement en Hollande, de même pour L'esprit des Lois. Le Contrat Social de Rousseau est diffusé depuis Genève tandisque le discours sur les Origines de l'inégalité est paru à Amsterdam. Ces moyens sont, bien sur, illégaux et les risques liés à la censure sont l'emprisonnement et l'exil, que subirent Voltaire et Diderot. Ainsi, les philosophes devaient utiliser la seule arme qu'il leur restait; c'est-à-dire certains procédés d'écritures,  l'utilisation de l'utopie (apologie d'une société par l'auteur, dont le véritable but est en fait de critiquer celle dans laquelle il vit) ou de l'ironie (forme d'expression qui contiste à dire le contraire de ce que l'on pense réellement). Les poètes pouvaient exprimer leurs opinions dans des fables (court récit en vers contenant généralement un enseignement) ou les personnages principaux étaient des animaux, ce qui dissimulait plus ou moins la critique.  Il arrivait aussi qu'ils se mettent sous la protection de personnes influentes qui devenaient leurs mécènes. Ainsi, Voltaire eut l'appui de Frédéric II et du duc de Choiseul, ainsi que de la marquise de Pompadour, qui l'abandonna cependant. Diderot, lui, fut aidé de Catherine II, en Russie et eut l'idée d'y publier l'Encyclopédie.

La lutte acharnée des philosophes pour faire entendre leurs idées librement est récompensée par l'article de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, qui proclame le droit à la liberté d'expression comme un droit fondamental.

 

 

* La Fronde: Période de troubles graves et de révoltes ayant frappé la france pendant la minorité de Louis XIV, entre 1638 et 1715.

 

 

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